PRATICIEN - Programmation neuro-linguistique - hypnothérapie - eft ( technique libération émotionnelle) - ho'oponopono - formateur sur le site IMNLP
mercredi 29 septembre 2010
vendredi 17 septembre 2010
La dépression

Qu'est-ce que la dépression ?
Les sociétés de produits pharmaceutiques voudraient nous faire croire que la dépression est une affection bien comprise qui est déclenchée par un manque de sérotonine dans certaines parties de notre cerveau. Donc, le traitement approprié devrait tout simplement consister à choisir la pilule qui permettrait au taux de sérotonine de redevenir normal. Bien que cet argument simple et convaincant suffise à la commercialisation des médicaments auprès des médecins très pris, et du grand public, il n'est probablement pas tout à fait exact. Un neurobiologiste réputé a dit, il n'y a pas si longtemps : « Expliquer le fonctionnement du cerveau humain en nous basant sur nos connaissances actuelles en neurobiologie et en neurochimie, c'est comme analyser des échantillons prélevés dans les égouts de Moscou et déterminer ce que les Muscovites ont pris au petit-déjeuner ce matin-là. »
Nous savons que la dépression entrave le fonctionnement de plusieurs parties du cerveau, notamment le système limbique et le cortex cérébral. La dépression influe donc sur notre humeur, elle interfère avec des fonctions physiologiques comme l'appétit et le sommeil et elle parasite notre efficience intellectuelle.
Le diagnostic
La présence de la dépression n'est pas toujours évidente, surtout pour la personne qui en souffre. Elle ressemble parfois à de l'irritabilité ou elle peut prêter à confusion avec la démence ou la sénilité. Les traits sur lesquels le diagnostic de dépression s'établit correspondent aux parties du cerveau atteintes. Pour établir le diagnostic clinique, il faut que plusieurs des symptômes mentionnés ci-après soient présents et suffisamment intenses pour entraver considérablement la capacité d'une personne d'accomplir les activités d'une journée normale :
•des perturbations du sommeil (un réveil très matinal, de l'insomnie ou un excès de sommeil) ;
•une modification de l'appétit (une perte de l'appétit ou de poids ou un comportement boulimique) ;
•une faible énergie ;
•des sentiments d'impuissance, de tristesse, de désespoir ;
•un manque de concentration ;
•de la difficulté à prendre des décisions.
Les facteurs de risque
Un lien génétique existe vraiment : si vos parents, vos grands-parents, vos frères et sœurs ont souffert d'une dépression, vous en courez un risque considérablement accru. Certaines modifications hormonales, comme celles observées après une grossesse, ou la ménopause, sont associées à un risque accru de dépression. Un choc émotionnel soudain, ou une perte pénible, peuvent déclencher un épisode dépressif. Certaines périodes de l'année, comme Noël ou l'anniversaire d'un événement pénible, peuvent être associées à des épisodes dépressifs. Certains agents (l'alcool, la marie-jeanne, les barbituriques, les benzodiazépines, les bêtabloquants, la clonidine, des corticostéroïdes) engendrent un état dépressif ou l'aggravent. La dépression est souvent associée à des troubles médicaux comme une maladie cardiaque, une sclérose en plaques, des formes d'arthrite, un accident vasculaire cérébral, une hypothyroïdie, le syndrome de Cushing, la maladie de Parkinson et quelques types de cancer.
Une fois que vous avez souffert d'un épisode dépressif, le risque que d'autres se produisent augmente avec la survenue de chaque récidive. Après un seul épisode, la probabilité d'une autre occurrence est 50 %, après 2 épisodes, la probabilité s'élève à 70 %, et après 3 elle passe à 90 %.
Le traitement
Une gamme étendue de thérapies a prouvé son efficacité dans la prévention et le traitement de la dépression. Un repos adéquat, un bon programme d'exercice, un régime alimentaire équilibré sont des mesures thérapeutiques importantes, en particulier pour les personnes qui courent un risque accru de dépression. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est une technique de conseil que le thérapeute emploie en vue d'aider la personne qui le consulte à repérer et corriger les pensées erronées et négatives. La TCC s'est prouvée au moins aussi efficace que les médicaments antidépresseurs dans le traitement des états dépressifs légers et modérés.
Une gamme étendue de médicaments antidépresseurs a été mise au point et ont montré quelque efficacité. Bien qu'ils agissent tous sélectivement, il est intéressant de constater qu'ils ont une gamme d'actions remarquablement étendue dans le cerveau. Certains sont des stimulants, comme les amphétamines qui augmentent la sécrétion de la dopamine. D'autres bloquent la réabsorption de la sérotonine, et cette action cause son augmentation dans le cerveau. D'autres encore agissent apparemment en augmentant la concentration de la norépinéphrine, un autre neurotransmetteur excitateur.
Il y a eu des rapports scientifiques contradictoires sur l'efficacité des remèdes à base de plantes médicinales, en particulier sur le millepertuis. Une étude a montré que le groupe atteint de dépression qui avait reçu le placebo avait obtenu une réponse plus favorable que le groupe qui avait pris le millepertuis ou ceux qui avaient pris un médicament ISRS (un médicament appartenant à la classe des antidépresseurs appelés inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine).
Quelques personnes dont la dépression grave et invalidante n'a pas répondu à d'autres types de traitements sont traitées avec succès par une thérapie électroconvulsive. Bien que ce soit une mesure extrême, on ne doit pas oublier qu'une grave dépression est une affection horrible dont les conséquences pourraient s'avérer fatales.
Comme pour toute autre affection chronique qui a des origines et des manifestations biologiques ainsi que psychosociales, les meilleures thérapies combinent des interventions biologiques ou pharmaceutiques avec des traitements psychosociaux sous forme de psychothérapie de groupe ou individuelle et des modifications comportementales visant notamment les exercices physiques, le régime alimentaire, les activités sociales et spirituelles. Une étude dont les résultats ont été publiés dans le British Medical Journal montre que les patients dont la dépression a été traitée avec succès couraient un moindre risque de récidive et fonctionnaient bien mieux sur le plan affectif et physique quand des fournisseurs de soins de santé leur prodiguaient un soutien continu. Le groupe qui n'a reçu qu'une seule et brève intervention thérapeutique courait un plus grand risque de souffrir d'une récidive. Le message à retenir de cette étude est que la dépression est une affection chronique susceptible de récidives, par conséquent, une thérapie efficace demande la poursuite d'activités qui préviendront une récidive, y compris des médicaments, un soutien social, une psychothérapie, des exercices physiques et des activités pondérées.
Ce qu'il faut faire
Informez-vous au moyen de la lecture. Abordez ce sujet avec votre médecin et avec une personne de votre centre communautaire d'hygiène mentale. Songez à suivre des séances de thérapie cognitivo-comportementale avec un psychothérapeute qualifié, mais renseignez-vous d'abord afin de vous assurer que le thérapeute est rompu à cette méthode. Adoptez un programme d'exercice rigoureux que vous pratiquerez régulièrement. Surveillez votre alimentation. Sortez et entrez en rapport avec d'autres personnes au moyen d'activités sociales, de passe-temps collectifs, de la musique ou de groupes de soutien mutuel. Tout en tirant la conclusion que la dépression est une affection chronique, souvent marquée par des récidives, il ne faut pas oublier que sa guérison ou une rémission de longue durée est possible, surtout si la personne qui en souffre continue à faire ce qui lui réussit.
Lecture supplémentaire
Être bien dans sa peau : traitement éprouvé cliniquement pour vaincre la dépression, l'anxiété et les troubles de l'humeur, traduction de The New Mood Therapy, by David Burns, MD, Avon Books, 1980.
Les sociétés de produits pharmaceutiques voudraient nous faire croire que la dépression est une affection bien comprise qui est déclenchée par un manque de sérotonine dans certaines parties de notre cerveau. Donc, le traitement approprié devrait tout simplement consister à choisir la pilule qui permettrait au taux de sérotonine de redevenir normal. Bien que cet argument simple et convaincant suffise à la commercialisation des médicaments auprès des médecins très pris, et du grand public, il n'est probablement pas tout à fait exact. Un neurobiologiste réputé a dit, il n'y a pas si longtemps : « Expliquer le fonctionnement du cerveau humain en nous basant sur nos connaissances actuelles en neurobiologie et en neurochimie, c'est comme analyser des échantillons prélevés dans les égouts de Moscou et déterminer ce que les Muscovites ont pris au petit-déjeuner ce matin-là. »
Nous savons que la dépression entrave le fonctionnement de plusieurs parties du cerveau, notamment le système limbique et le cortex cérébral. La dépression influe donc sur notre humeur, elle interfère avec des fonctions physiologiques comme l'appétit et le sommeil et elle parasite notre efficience intellectuelle.
Le diagnostic
La présence de la dépression n'est pas toujours évidente, surtout pour la personne qui en souffre. Elle ressemble parfois à de l'irritabilité ou elle peut prêter à confusion avec la démence ou la sénilité. Les traits sur lesquels le diagnostic de dépression s'établit correspondent aux parties du cerveau atteintes. Pour établir le diagnostic clinique, il faut que plusieurs des symptômes mentionnés ci-après soient présents et suffisamment intenses pour entraver considérablement la capacité d'une personne d'accomplir les activités d'une journée normale :
•des perturbations du sommeil (un réveil très matinal, de l'insomnie ou un excès de sommeil) ;
•une modification de l'appétit (une perte de l'appétit ou de poids ou un comportement boulimique) ;
•une faible énergie ;
•des sentiments d'impuissance, de tristesse, de désespoir ;
•un manque de concentration ;
•de la difficulté à prendre des décisions.
Les facteurs de risque
Un lien génétique existe vraiment : si vos parents, vos grands-parents, vos frères et sœurs ont souffert d'une dépression, vous en courez un risque considérablement accru. Certaines modifications hormonales, comme celles observées après une grossesse, ou la ménopause, sont associées à un risque accru de dépression. Un choc émotionnel soudain, ou une perte pénible, peuvent déclencher un épisode dépressif. Certaines périodes de l'année, comme Noël ou l'anniversaire d'un événement pénible, peuvent être associées à des épisodes dépressifs. Certains agents (l'alcool, la marie-jeanne, les barbituriques, les benzodiazépines, les bêtabloquants, la clonidine, des corticostéroïdes) engendrent un état dépressif ou l'aggravent. La dépression est souvent associée à des troubles médicaux comme une maladie cardiaque, une sclérose en plaques, des formes d'arthrite, un accident vasculaire cérébral, une hypothyroïdie, le syndrome de Cushing, la maladie de Parkinson et quelques types de cancer.
Une fois que vous avez souffert d'un épisode dépressif, le risque que d'autres se produisent augmente avec la survenue de chaque récidive. Après un seul épisode, la probabilité d'une autre occurrence est 50 %, après 2 épisodes, la probabilité s'élève à 70 %, et après 3 elle passe à 90 %.
Le traitement
Une gamme étendue de thérapies a prouvé son efficacité dans la prévention et le traitement de la dépression. Un repos adéquat, un bon programme d'exercice, un régime alimentaire équilibré sont des mesures thérapeutiques importantes, en particulier pour les personnes qui courent un risque accru de dépression. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est une technique de conseil que le thérapeute emploie en vue d'aider la personne qui le consulte à repérer et corriger les pensées erronées et négatives. La TCC s'est prouvée au moins aussi efficace que les médicaments antidépresseurs dans le traitement des états dépressifs légers et modérés.
Une gamme étendue de médicaments antidépresseurs a été mise au point et ont montré quelque efficacité. Bien qu'ils agissent tous sélectivement, il est intéressant de constater qu'ils ont une gamme d'actions remarquablement étendue dans le cerveau. Certains sont des stimulants, comme les amphétamines qui augmentent la sécrétion de la dopamine. D'autres bloquent la réabsorption de la sérotonine, et cette action cause son augmentation dans le cerveau. D'autres encore agissent apparemment en augmentant la concentration de la norépinéphrine, un autre neurotransmetteur excitateur.
Il y a eu des rapports scientifiques contradictoires sur l'efficacité des remèdes à base de plantes médicinales, en particulier sur le millepertuis. Une étude a montré que le groupe atteint de dépression qui avait reçu le placebo avait obtenu une réponse plus favorable que le groupe qui avait pris le millepertuis ou ceux qui avaient pris un médicament ISRS (un médicament appartenant à la classe des antidépresseurs appelés inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine).
Quelques personnes dont la dépression grave et invalidante n'a pas répondu à d'autres types de traitements sont traitées avec succès par une thérapie électroconvulsive. Bien que ce soit une mesure extrême, on ne doit pas oublier qu'une grave dépression est une affection horrible dont les conséquences pourraient s'avérer fatales.
Comme pour toute autre affection chronique qui a des origines et des manifestations biologiques ainsi que psychosociales, les meilleures thérapies combinent des interventions biologiques ou pharmaceutiques avec des traitements psychosociaux sous forme de psychothérapie de groupe ou individuelle et des modifications comportementales visant notamment les exercices physiques, le régime alimentaire, les activités sociales et spirituelles. Une étude dont les résultats ont été publiés dans le British Medical Journal montre que les patients dont la dépression a été traitée avec succès couraient un moindre risque de récidive et fonctionnaient bien mieux sur le plan affectif et physique quand des fournisseurs de soins de santé leur prodiguaient un soutien continu. Le groupe qui n'a reçu qu'une seule et brève intervention thérapeutique courait un plus grand risque de souffrir d'une récidive. Le message à retenir de cette étude est que la dépression est une affection chronique susceptible de récidives, par conséquent, une thérapie efficace demande la poursuite d'activités qui préviendront une récidive, y compris des médicaments, un soutien social, une psychothérapie, des exercices physiques et des activités pondérées.
Ce qu'il faut faire
Informez-vous au moyen de la lecture. Abordez ce sujet avec votre médecin et avec une personne de votre centre communautaire d'hygiène mentale. Songez à suivre des séances de thérapie cognitivo-comportementale avec un psychothérapeute qualifié, mais renseignez-vous d'abord afin de vous assurer que le thérapeute est rompu à cette méthode. Adoptez un programme d'exercice rigoureux que vous pratiquerez régulièrement. Surveillez votre alimentation. Sortez et entrez en rapport avec d'autres personnes au moyen d'activités sociales, de passe-temps collectifs, de la musique ou de groupes de soutien mutuel. Tout en tirant la conclusion que la dépression est une affection chronique, souvent marquée par des récidives, il ne faut pas oublier que sa guérison ou une rémission de longue durée est possible, surtout si la personne qui en souffre continue à faire ce qui lui réussit.
Lecture supplémentaire
Être bien dans sa peau : traitement éprouvé cliniquement pour vaincre la dépression, l'anxiété et les troubles de l'humeur, traduction de The New Mood Therapy, by David Burns, MD, Avon Books, 1980.
dimanche 29 août 2010
mercredi 25 août 2010
Les Maitres du monde
Le Siècle
"Le Siècle" est un "club de réflexion" (ou "think tank") qui réunit les membres les plus puissants et influents de la classe dirigeante française. On y retrouve des politiciens de droite et de gauche, les patrons des plus grandes entreprises françaises, des journalistes de premier plan dans les médias qui "font l'opinion", et quelques universitaires. Le Siècle compte un peu plus de 500 membres choisis par cooptation, auquels s'ajoutent 200 invités renouvelés chaque année.
Une fois par mois, les membres du Siècle se réunissent au très sélect Automobile Club de France, place de la Concorde. De 20h à 21h, un apéritif permet de choisir librement ses interlocuteurs. A 21h vient l'heure du dîner. Les convives sont placés par groupes de 7 ou 8 autour d'un chef de table qui veille à organiser le débat et à éviter les apartés. Le repas se termine à 22h45. Ceux qui le souhaitent peuvent prolonger la soirée au bar.
Sur Canal Plus, les "Guignols de l'info" ont fait allusion au Siècle, avec une séquence où une organisation nommée "Le Spectre" gouverne secrètement la France. Dans une mise en scène à la manière de James Bond - "Octopussy" ou de la série TV "Le Prisonnier", on y voit des personnalités médiatiques et politiques obéir servilement aux ordres du "n°1" de l'organisation, incarné par la marionnette d'Ernest Antoine Seillière.
Zoom sur quelques membres du Siècle
Philippe Jaffré
Né en 1945. Enarque. Fils d'Yves-Frédéric Jaffré, conseiller de Pierre Laval. Frère de Jérôme Jaffré, administrateur de la Sofres (l'un des principaux instituts de sondages en France). Conseiller de René Monory en 1979, dans le gouvernement de Raymond Barre et sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. Chef de service au ministère de l'économie et des Finances (1986). Il fut, avec Jacques Friedmann, l'un des principaux artisans des privatisations de 1987. Il présida ensuite plusieures filiales du Crédit agricole jusqu'en 1991. Pdg d'Elf-Aquitaine de 1993, jusqu'à la fusion de Elf avec Total. Il fut alors connu du grand public à cause de la fabuleuse indemnité de départ qu'il empocha en stock options. Il fut également administrateur de nombreuses sociétés dont la Banco Ambrosiano (la banque impliquée dans le scandale de la Loge P2 en Italie). Il est également membre du Groupe de Bilderberg.
Bertrand Collomb
Né en 1942. Polytechnicien. Conseiller ministériel auprès d'Alain Peyrefitte (1973-74) et René Haby (1974-75). Pdg du groupe Lafarge, administrateur de diverses sociétés dont Unilever, Canadian Imperial Bank of Commerce, Crédit commercial de France (CCF), et Crédit local de France. Administrateur d'Aspen-France. Membre du Groupe de Bilderberg, et du World Economic Forum de Davos. Il est aussi membre d'Entreprise et Cité, un autre "club de réflexion" qui rassemble des grands patrons français.
André Lévy-Lang
Né en 1937. Polytechnicien. Ingénieur puis directeur de filiales chez Schlumberger de 1962 à 1974. Pdg de Paribas de 1990 jusqu'à sa fusion en 1999 avec la BNP. Administrateur de diverses sociétés dont Athena, Schlumberger, les AGF. Il a été mis en examen, en 1995, dans l'affaire des Ciments français et s'est maintenu grâce au soutien de Claude Bébéar (également membre et fondateur de Entreprise et Cité). Président de la Commission des finances du CNPF (ou MEDEF) de 1988 à 1997. Membre du Groupe de Bilderberg et président de l'Association des amis français du Groupe de Bilderberg.
Michel Pébereau
Né en 1942. Polytechnicien. Inspecteur général des finances. Ancien élève de l'école Polytechnique et de l'ENA. Conseiller auprès de Valéry Giscard d'Estaing entre 1970 et 1974, lorsque celui-ci était ministre des Finance de Georges Pompidou. Conseiller de René Monory de 1978 à 1981. Président du Crédit Commercial de France (CCF) de 1987 à 1993, puis président d'Axa. Il est aujourd'hui président de la BNP. Administrateur de diverses sociétés dont Lafarge, Saint-Gobain, UAP, et les Galeries Lafayette. Ancien membre de la Commission économique du MEDEF (l'organisation des patrons français). Egalement membre d'Entreprise et Cité.
Pierre Bilger
Né en 1934. Enarque. Inspecteur des finances. Conseiller de plusieurs ministres pendant la présidence de Valery Giscard d'Estaing: auprès de Jean-Pierre Fourcade de 1974 à 1976, de Michel Durafour en 1976, de Robert Boulin en 1977, et enfin, directeur de cabinet de Maurice Papon (alors ministre de Giscard) de 1978 à 1981. Directeur de l'Administration centrale au ministère de l'Économie et des Finances de 1982 à 1986, sous les gouvernements socialistes de Pierre Maurois et Laurent Fabius. Il fut ensuite président d'Alsthom.
D'autres membres du Siècle...
Gérard Worms président de la banque Rothschild, administrateur de la Société générale de Belgique (une banque présidée par Etienne Davignon, un membre éminent du Groupe de Bilderberg ).
Ernest-Antoine Seillière président du MEDEF, président des holdings Wendel Investissement et CGIP. membre du Groupe de Bilderberg.
Jean-Claude Trichet président de la Banque Centrale Européenne, ancien gouverneur de la Banque de France, membre du Groupe de Bilderberg et de l'IFRI.
Pascal Lamy Directeur de l'OMC (Organisation mondiale du Commerce), ex Commissaire européen au commerce, membre du Groupe de Bilderberg, membre de la branche Europe de la RAND Corporation.
Jean Peyrelevade président du Crédit Lyonnais
Jean-Yves Haberer ex-président du Crédit Lyonnais
Daniel Bouton président de la Société Générale
Claude Bébéar ex-président d'Axa
Louis Schweitzer président de Renault, membre du Groupe de Bilderberg, de l'IFRI, et du Forum de Davos
Michel Bon ex-président de France Telecom
Alain de Pouzilhac président d'Havas (groupe de médias et de publicité)
Maurice Levy président du groupe Publicis
Édouard de Rothschild banquier, homme d'affaires, principal actionaire du journal Libération
Louis Gallois président de la SNCF
Antoine Guichard PDG du groupe Casino
Jean-Marie Messier ex PDG de Vivendi
Martine Aubry membre du Parti Socialiste, ministre dans plusieurs gouvernements socialistes successifs
Olivier Schrameck directeur de cabinet du premier ministre Lionel Jospin de 1997 à 2002
Lionel Jospin membre du Parti Socialiste, premier ministre de 1997 à 2002
Dominique Strauss-Kahn membre du Parti Socialiste, ancien ministre des Finances de Lionel Jospin. Membre du Groupe de Bilderberg.
Hubert Vedrine, membre du Parti Socialiste, ancien ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin, ancien Secrétaire Général de l'Elysée sous François Mitterrand. Membre du Groupe de Bilderberg et de l'IFRI.
Jean-Pierre Chevènement, membre du Parti Socialiste, ministre dans plusieurs gouvernements
Laurent Fabius, membre du Parti Socialiste, ex premier ministre, ex ministre des finances
Elisabeth Guigou, membre du Parti Socialiste, ministre dans plusieurs gouvernements
Bernard Kouchner membre du Parti Socialiste, ministre dans plusieurs gouvernements de gauche et de droite, membre du Groupe de Bilderberg
Nicolas Sarkozy leader de l'UMP (principal parti de droite), ministre des finances et de l'intérieur
Rachida Dati ministre UMP de la justice
Alain Minc consultant, conseiller auprès de plusieurs grands chefs d'entreprises et ministres
Jean-Pierre Raffarin membre de l'UMP, premier ministre de 2002 à 2005
Thierry Breton ex-PDG de France Telecom, ministre UMP des finances de 2005 à 2007
Jean-François Copé ex-ministre UMP du budget
Corinne Lepage ancienne ministre de l'environnement
Nicole Notat secrétaire général du syndicat CFDT de 1992 à 2002
Renaud Denoix de Saint Marc membre du Conseil constitutionnel, ex vice-président du Conseil d'état
Christian Noyer président de la Banque de France, ex directeur de cabinet d'Edouard Balladur, puis d'Edmond Alphandéry et de Jean Arthuis au ministère des finances
Richard Decoings directeur de l'Institut d'études politiques de Paris
Anne-Marie Couderc député UMP et directrice générale du groupe de médias Hachette-Filipacchi
Teresa Cremisi PDG du groupe d'édition Flammarion, ex n°2 des éditions Gallimard
Odile Jacob présidente des éditions Odile Jacob
Michèle Cotta ex-directrice générale de France 2, et ex-directrice du service politique de France 2
Anne Sinclair journaliste, productrice TV
Franz-Olivier Giesbert ex directeur général du Figaro, présentateur de l'émission "Culture et Dépendances" sur France 3
Jean-Marie Colombani directeur du journal Le Monde
Denis Jeambar directeur des éditions du Seuil, ex directeur et éditorialiste du magazine L'Express, ex directeur général d'Europe 1
Claude Imbert ex directeur général et éditorialiste du magazine Le Point
Patrick Poivre d'Arvor journaliste, présentateur du journal télévisé de 20h sur TF1
David Pujadas journaliste, présentateur du journal télévisé de 20h sur France 2
Marc Tessier ancien président de France Télévisions
Serge July ex-directeur du journal Libération
Laurent Joffrin directeur du journal Libération, ex directeur du Nouvel Observateur
Emmanuel Chain journaliste, ex présentateur de l'émission économique "Capital" sur M6
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"Le Siècle" est un "club de réflexion" (ou "think tank") qui réunit les membres les plus puissants et influents de la classe dirigeante française. On y retrouve des politiciens de droite et de gauche, les patrons des plus grandes entreprises françaises, des journalistes de premier plan dans les médias qui "font l'opinion", et quelques universitaires. Le Siècle compte un peu plus de 500 membres choisis par cooptation, auquels s'ajoutent 200 invités renouvelés chaque année.
Une fois par mois, les membres du Siècle se réunissent au très sélect Automobile Club de France, place de la Concorde. De 20h à 21h, un apéritif permet de choisir librement ses interlocuteurs. A 21h vient l'heure du dîner. Les convives sont placés par groupes de 7 ou 8 autour d'un chef de table qui veille à organiser le débat et à éviter les apartés. Le repas se termine à 22h45. Ceux qui le souhaitent peuvent prolonger la soirée au bar.
Sur Canal Plus, les "Guignols de l'info" ont fait allusion au Siècle, avec une séquence où une organisation nommée "Le Spectre" gouverne secrètement la France. Dans une mise en scène à la manière de James Bond - "Octopussy" ou de la série TV "Le Prisonnier", on y voit des personnalités médiatiques et politiques obéir servilement aux ordres du "n°1" de l'organisation, incarné par la marionnette d'Ernest Antoine Seillière.
Zoom sur quelques membres du Siècle
Philippe Jaffré
Né en 1945. Enarque. Fils d'Yves-Frédéric Jaffré, conseiller de Pierre Laval. Frère de Jérôme Jaffré, administrateur de la Sofres (l'un des principaux instituts de sondages en France). Conseiller de René Monory en 1979, dans le gouvernement de Raymond Barre et sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. Chef de service au ministère de l'économie et des Finances (1986). Il fut, avec Jacques Friedmann, l'un des principaux artisans des privatisations de 1987. Il présida ensuite plusieures filiales du Crédit agricole jusqu'en 1991. Pdg d'Elf-Aquitaine de 1993, jusqu'à la fusion de Elf avec Total. Il fut alors connu du grand public à cause de la fabuleuse indemnité de départ qu'il empocha en stock options. Il fut également administrateur de nombreuses sociétés dont la Banco Ambrosiano (la banque impliquée dans le scandale de la Loge P2 en Italie). Il est également membre du Groupe de Bilderberg.
Bertrand Collomb
Né en 1942. Polytechnicien. Conseiller ministériel auprès d'Alain Peyrefitte (1973-74) et René Haby (1974-75). Pdg du groupe Lafarge, administrateur de diverses sociétés dont Unilever, Canadian Imperial Bank of Commerce, Crédit commercial de France (CCF), et Crédit local de France. Administrateur d'Aspen-France. Membre du Groupe de Bilderberg, et du World Economic Forum de Davos. Il est aussi membre d'Entreprise et Cité, un autre "club de réflexion" qui rassemble des grands patrons français.
André Lévy-Lang
Né en 1937. Polytechnicien. Ingénieur puis directeur de filiales chez Schlumberger de 1962 à 1974. Pdg de Paribas de 1990 jusqu'à sa fusion en 1999 avec la BNP. Administrateur de diverses sociétés dont Athena, Schlumberger, les AGF. Il a été mis en examen, en 1995, dans l'affaire des Ciments français et s'est maintenu grâce au soutien de Claude Bébéar (également membre et fondateur de Entreprise et Cité). Président de la Commission des finances du CNPF (ou MEDEF) de 1988 à 1997. Membre du Groupe de Bilderberg et président de l'Association des amis français du Groupe de Bilderberg.
Michel Pébereau
Né en 1942. Polytechnicien. Inspecteur général des finances. Ancien élève de l'école Polytechnique et de l'ENA. Conseiller auprès de Valéry Giscard d'Estaing entre 1970 et 1974, lorsque celui-ci était ministre des Finance de Georges Pompidou. Conseiller de René Monory de 1978 à 1981. Président du Crédit Commercial de France (CCF) de 1987 à 1993, puis président d'Axa. Il est aujourd'hui président de la BNP. Administrateur de diverses sociétés dont Lafarge, Saint-Gobain, UAP, et les Galeries Lafayette. Ancien membre de la Commission économique du MEDEF (l'organisation des patrons français). Egalement membre d'Entreprise et Cité.
Pierre Bilger
Né en 1934. Enarque. Inspecteur des finances. Conseiller de plusieurs ministres pendant la présidence de Valery Giscard d'Estaing: auprès de Jean-Pierre Fourcade de 1974 à 1976, de Michel Durafour en 1976, de Robert Boulin en 1977, et enfin, directeur de cabinet de Maurice Papon (alors ministre de Giscard) de 1978 à 1981. Directeur de l'Administration centrale au ministère de l'Économie et des Finances de 1982 à 1986, sous les gouvernements socialistes de Pierre Maurois et Laurent Fabius. Il fut ensuite président d'Alsthom.
D'autres membres du Siècle...
Gérard Worms président de la banque Rothschild, administrateur de la Société générale de Belgique (une banque présidée par Etienne Davignon, un membre éminent du Groupe de Bilderberg ).
Ernest-Antoine Seillière président du MEDEF, président des holdings Wendel Investissement et CGIP. membre du Groupe de Bilderberg.
Jean-Claude Trichet président de la Banque Centrale Européenne, ancien gouverneur de la Banque de France, membre du Groupe de Bilderberg et de l'IFRI.
Pascal Lamy Directeur de l'OMC (Organisation mondiale du Commerce), ex Commissaire européen au commerce, membre du Groupe de Bilderberg, membre de la branche Europe de la RAND Corporation.
Jean Peyrelevade président du Crédit Lyonnais
Jean-Yves Haberer ex-président du Crédit Lyonnais
Daniel Bouton président de la Société Générale
Claude Bébéar ex-président d'Axa
Louis Schweitzer président de Renault, membre du Groupe de Bilderberg, de l'IFRI, et du Forum de Davos
Michel Bon ex-président de France Telecom
Alain de Pouzilhac président d'Havas (groupe de médias et de publicité)
Maurice Levy président du groupe Publicis
Édouard de Rothschild banquier, homme d'affaires, principal actionaire du journal Libération
Louis Gallois président de la SNCF
Antoine Guichard PDG du groupe Casino
Jean-Marie Messier ex PDG de Vivendi
Martine Aubry membre du Parti Socialiste, ministre dans plusieurs gouvernements socialistes successifs
Olivier Schrameck directeur de cabinet du premier ministre Lionel Jospin de 1997 à 2002
Lionel Jospin membre du Parti Socialiste, premier ministre de 1997 à 2002
Dominique Strauss-Kahn membre du Parti Socialiste, ancien ministre des Finances de Lionel Jospin. Membre du Groupe de Bilderberg.
Hubert Vedrine, membre du Parti Socialiste, ancien ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin, ancien Secrétaire Général de l'Elysée sous François Mitterrand. Membre du Groupe de Bilderberg et de l'IFRI.
Jean-Pierre Chevènement, membre du Parti Socialiste, ministre dans plusieurs gouvernements
Laurent Fabius, membre du Parti Socialiste, ex premier ministre, ex ministre des finances
Elisabeth Guigou, membre du Parti Socialiste, ministre dans plusieurs gouvernements
Bernard Kouchner membre du Parti Socialiste, ministre dans plusieurs gouvernements de gauche et de droite, membre du Groupe de Bilderberg
Nicolas Sarkozy leader de l'UMP (principal parti de droite), ministre des finances et de l'intérieur
Rachida Dati ministre UMP de la justice
Alain Minc consultant, conseiller auprès de plusieurs grands chefs d'entreprises et ministres
Jean-Pierre Raffarin membre de l'UMP, premier ministre de 2002 à 2005
Thierry Breton ex-PDG de France Telecom, ministre UMP des finances de 2005 à 2007
Jean-François Copé ex-ministre UMP du budget
Corinne Lepage ancienne ministre de l'environnement
Nicole Notat secrétaire général du syndicat CFDT de 1992 à 2002
Renaud Denoix de Saint Marc membre du Conseil constitutionnel, ex vice-président du Conseil d'état
Christian Noyer président de la Banque de France, ex directeur de cabinet d'Edouard Balladur, puis d'Edmond Alphandéry et de Jean Arthuis au ministère des finances
Richard Decoings directeur de l'Institut d'études politiques de Paris
Anne-Marie Couderc député UMP et directrice générale du groupe de médias Hachette-Filipacchi
Teresa Cremisi PDG du groupe d'édition Flammarion, ex n°2 des éditions Gallimard
Odile Jacob présidente des éditions Odile Jacob
Michèle Cotta ex-directrice générale de France 2, et ex-directrice du service politique de France 2
Anne Sinclair journaliste, productrice TV
Franz-Olivier Giesbert ex directeur général du Figaro, présentateur de l'émission "Culture et Dépendances" sur France 3
Jean-Marie Colombani directeur du journal Le Monde
Denis Jeambar directeur des éditions du Seuil, ex directeur et éditorialiste du magazine L'Express, ex directeur général d'Europe 1
Claude Imbert ex directeur général et éditorialiste du magazine Le Point
Patrick Poivre d'Arvor journaliste, présentateur du journal télévisé de 20h sur TF1
David Pujadas journaliste, présentateur du journal télévisé de 20h sur France 2
Marc Tessier ancien président de France Télévisions
Serge July ex-directeur du journal Libération
Laurent Joffrin directeur du journal Libération, ex directeur du Nouvel Observateur
Emmanuel Chain journaliste, ex présentateur de l'émission économique "Capital" sur M6
Le pouvoir a la table
Le pouvoir à la table du Siècle
Réseaux
14/04/2005 - Ultrasélectif, le Siècle rassemble la quintessence du pouvoir politique, économique et médiatique. La discrétion de ses membres est à la hauteur de son influence.
Un mercredi par mois, place de la Concorde à Paris, la fine fleur de la communication et des médias pénètre discrètement dans les salons de l'Automobile club de France. Ce n'est pas l'amour des voitures qui rassemble Maurice Lévy (Publicis), Alain de Pouzilhac (Havas), Serge July(Libération)ou Patrick Poivre d'Arvor (TF1), mais un dîner en compagnie de Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn, Thierry Breton, Claude Bébéar ou Nicole Notat. Tous sont membres du Siècle, le plus prestigieux des cercles de décideurs hexagonaux.
Créé en 1944 par Georges Bérard-Quélin, ancien dirigeant du Parti radical et fondateur de la Société générale de presse, décédé en 1990, le cénacle rassemble la quintessence du pouvoir politique, économique, médiatique, voire intellectuel ou syndical. Le tout sans distinction d'opinions, de croyances ou d'origines sociales.« Des personnalités qui se réunissent pour échanger sur des sujets de société. Une sorte d'auberge espagnole où chacun retire ce qu'il y apporte »,résume Étienne Lacour, secrétaire général de l'association.
Les ministres membres se comptent sur les deux mains, de Jean-Pierre Raffarin à François Fillon. Les barons du Parti socialiste aussi, comme Lionel Jospin ou Laurent Fabius. Le milieu des affaires n'est pas en reste, avec la quasi-totalité des grands patrons, de Louis Schweitzer (Renault) à Michel Pébereau (BNP Paribas). Sans oublier la plupart des dirigeants de la presse et de l'édition, d'Odile Jacob à Jean-Marie Colombani, en passant par Claude Imbert et Laurent Joffrin.
Ni une mafia, ni une loge
Mais n'entre pas qui veut. La sélection est rude.« On ne choisit pas le Siècle, c'est lui qui vous choisit ! »,souligne Étienne Lacour. Présidé en 2005 par Renaud Denoix de Saint-Marc, vice-président du Conseil d'État, le conseil d'administration compte une quinzaine de personnalités comme Denis Jeambar (L'Express), Anne-Marie Couderc (Hachette Filipacchi Médias), Marc Tessier (France Télévisions) et même Nicole Notat (Vigeo). Triées sur le volet, les recrues gardent le statut d'invités pendant au moins un an avant de devenir membres. David Pujadas (France 2), Emmanuel Chain, Édouard de Rothschild ou Jean-François Copé ont, depuis peu, décroché le sésame.
Mais gare aux accidents de carrière ! La rumeur veut qu'un membre victime d'une traversée du désert soit tôt ou tard mis sur la touche. Jean-Marie Messier en a fait les frais.« Les gens qui quittent toute fonction se retirent d'eux-mêmes »,reconnaît poliment Étienne Lacour, qui précise que son club n'est« ni une mafia, ni une loge maçonnique ».
Au cours du dîner, les conversations privées sont bannies. En revanche, avant et après le repas, chacun est libre de ses propos.« C'est l'occasion en dix minutes de rencontrer des personnalités influentes dans tous les domaines »,explique Michèle Cotta, première femme acceptée dans le cénacle, en 1983. De là à solliciter faveurs et autres renvois d'ascenseurs, il n'y a qu'un pas qu'elle refuse de franchir.« Le club n'assure aucun passe-droit. C'est juste plus facile de prendre rendez-vous avec un ministre ou un homme d'affaires »,raconte-t-elle. Mais selon Emmanuel Ratier, auteur deAu coeur du pouvoir(Faits&Documents, 1996), seul livre publié sur le sujet :« Les plans de table sont pourtant savamment pensés. »
La révolution de palais provoquée par le transfert de Franz-Olivier Giesbert duNouvel ObservateurauFigaroen septembre 1988 se serait jouée lors d'un dîner du Siècle avec Philippe Villin, alors bras droit de Robert Hersant. L'entrée d'Édouard de Rothschild dans le capital deLibérationse serait-elle aussi négociée entre la poire et le fromage avec Serge July ?« C'est possible »,répond laconiquement Étienne Lacour, avant de souligner qu'un membre, même journaliste, ne rapporte jamais les propos tenus au sein du cénacle. La discrétion reste de mise dans les salons du pouvoir !
Réseaux
14/04/2005 - Ultrasélectif, le Siècle rassemble la quintessence du pouvoir politique, économique et médiatique. La discrétion de ses membres est à la hauteur de son influence.
Un mercredi par mois, place de la Concorde à Paris, la fine fleur de la communication et des médias pénètre discrètement dans les salons de l'Automobile club de France. Ce n'est pas l'amour des voitures qui rassemble Maurice Lévy (Publicis), Alain de Pouzilhac (Havas), Serge July(Libération)ou Patrick Poivre d'Arvor (TF1), mais un dîner en compagnie de Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn, Thierry Breton, Claude Bébéar ou Nicole Notat. Tous sont membres du Siècle, le plus prestigieux des cercles de décideurs hexagonaux.
Créé en 1944 par Georges Bérard-Quélin, ancien dirigeant du Parti radical et fondateur de la Société générale de presse, décédé en 1990, le cénacle rassemble la quintessence du pouvoir politique, économique, médiatique, voire intellectuel ou syndical. Le tout sans distinction d'opinions, de croyances ou d'origines sociales.« Des personnalités qui se réunissent pour échanger sur des sujets de société. Une sorte d'auberge espagnole où chacun retire ce qu'il y apporte »,résume Étienne Lacour, secrétaire général de l'association.
Les ministres membres se comptent sur les deux mains, de Jean-Pierre Raffarin à François Fillon. Les barons du Parti socialiste aussi, comme Lionel Jospin ou Laurent Fabius. Le milieu des affaires n'est pas en reste, avec la quasi-totalité des grands patrons, de Louis Schweitzer (Renault) à Michel Pébereau (BNP Paribas). Sans oublier la plupart des dirigeants de la presse et de l'édition, d'Odile Jacob à Jean-Marie Colombani, en passant par Claude Imbert et Laurent Joffrin.
Ni une mafia, ni une loge
Mais n'entre pas qui veut. La sélection est rude.« On ne choisit pas le Siècle, c'est lui qui vous choisit ! »,souligne Étienne Lacour. Présidé en 2005 par Renaud Denoix de Saint-Marc, vice-président du Conseil d'État, le conseil d'administration compte une quinzaine de personnalités comme Denis Jeambar (L'Express), Anne-Marie Couderc (Hachette Filipacchi Médias), Marc Tessier (France Télévisions) et même Nicole Notat (Vigeo). Triées sur le volet, les recrues gardent le statut d'invités pendant au moins un an avant de devenir membres. David Pujadas (France 2), Emmanuel Chain, Édouard de Rothschild ou Jean-François Copé ont, depuis peu, décroché le sésame.
Mais gare aux accidents de carrière ! La rumeur veut qu'un membre victime d'une traversée du désert soit tôt ou tard mis sur la touche. Jean-Marie Messier en a fait les frais.« Les gens qui quittent toute fonction se retirent d'eux-mêmes »,reconnaît poliment Étienne Lacour, qui précise que son club n'est« ni une mafia, ni une loge maçonnique ».
Au cours du dîner, les conversations privées sont bannies. En revanche, avant et après le repas, chacun est libre de ses propos.« C'est l'occasion en dix minutes de rencontrer des personnalités influentes dans tous les domaines »,explique Michèle Cotta, première femme acceptée dans le cénacle, en 1983. De là à solliciter faveurs et autres renvois d'ascenseurs, il n'y a qu'un pas qu'elle refuse de franchir.« Le club n'assure aucun passe-droit. C'est juste plus facile de prendre rendez-vous avec un ministre ou un homme d'affaires »,raconte-t-elle. Mais selon Emmanuel Ratier, auteur deAu coeur du pouvoir(Faits&Documents, 1996), seul livre publié sur le sujet :« Les plans de table sont pourtant savamment pensés. »
La révolution de palais provoquée par le transfert de Franz-Olivier Giesbert duNouvel ObservateurauFigaroen septembre 1988 se serait jouée lors d'un dîner du Siècle avec Philippe Villin, alors bras droit de Robert Hersant. L'entrée d'Édouard de Rothschild dans le capital deLibérationse serait-elle aussi négociée entre la poire et le fromage avec Serge July ?« C'est possible »,répond laconiquement Étienne Lacour, avant de souligner qu'un membre, même journaliste, ne rapporte jamais les propos tenus au sein du cénacle. La discrétion reste de mise dans les salons du pouvoir !
jeudi 10 juin 2010
Les Naufragés
Fable qui fait comprendre le mystère de l'argent
Par Louis Even ______________
Sauvés du naufrage
Fable qui fait comprendre le mystère de l'argent
Par Louis Even ______________
Sauvés du naufrage
Une explosion a détruit leur bateau. Chacun s'agrippait aux premières pièces flottantes qui lui tombaient sous la main. Cinq ont fini par se trouver réunis sur cette épave, que les flots emportent à leur gré. Des autres compagnons de naufrage, aucune nouvelle.
Depuis des heures, de longues heures, il scrutent l'horizon: quelque navire en voyage les apercevrait-il? Leur radeau de fortune échouerait-il sur quelque rivage hospitalier?
Tout à coup, un cri a retenti: Terre! Terre là-bas, voyez! Justement dans la direction où nous poussent les vagues!
Et à mesure que se dessine, en effet, la ligne d'un rivage, les figures s'épanouissent.
Ils sont cinq:
François, le grand et vigoureux charpentier qui a le premier lancé le cri: Terre!
Paul, cultivateur; c'est lui que vous voyez en avant, à gauche, à genoux, une main à terre, l'autre accrochée au piquet de l'épave;
Jacques, spécialisé dans l'élevage des animaux: c'est l'homme au pantalon rayé qui, les genoux à terre, regarde dans la direction indiquée;
Henri, l'agronome horticulteur, un peu corpulent, assis sur une valise échappée au naufrage;
Thomas, le prospecteur minéralogiste, c'est le gaillard qui se tient debout en arrière, avec une main sur l'épaule du charpentier.
2. Une île providentielle
Remettre les pieds sur une terre ferme, c'est pour nos hommes un retour à la vie.
Une fois séchés, réchauffés, leur premier empressement est de faire connaissance avec cette île où ils sont jetés loin de la civilisation. Cette île qu'ils baptisent L'Ile des Naufragés.
Une rapide tournée comble leurs espoirs. L'île n'est pas un désert aride. Ils sont bien les seuls hommes à l'habiter actuellement. Mais d'autres ont dû y vivre avant eux, s'il faut en juger par les restes de troupeaux demi-sauvages qu'ils ont rencontrés ici et là. Jacques, l'éleveur, affirme qu'il pourra les améliorer et en tirer un bon rendement.
Quant au sol de l'île, Paul le trouve en grande partie fort propice à la culture.
Henri y a découvert des arbres fruitiers, dont il espère pouvoir tirer grand profit.
François y a remarqué surtout les belles étendues forestières, riches en bois de toutes sortes: ce sera un jeu d'abattre des arbres et de construire des abris pour la petite colonie.
Quant à Thomas, le prospecteur, ce qui l'a intéressé, c'est la partie la plus rocheuse de l'île. I1 y a noté plusieurs signes indiquant un sous-sol richement minéralisé. Malgré l'absence d'outils perfectionnés, Thomas se croit assez d'initiative et de débrouillardise pour transformer le minerai en métaux utiles.
Chacun va donc pouvoir se livrer à ses occupations favorites pour le bien de tous. Tous sont unanimes à louer la Providence du dénouement relativement heureux d'une grande tragédie.
3. Les véritables richesses
Et voilà nos hommes à l'ouvrage.
Les maisons et des meubles sortent du travail du charpentier. Les premiers temps, on s'est contenté de nourriture primitive. Mais bientôt les champs produisent et le laboureur a des récoltes.
A mesure que les saisons succèdent aux saisons, le patrimoine de l'Ile s'enrichit. I1 s'enrichit, non pas d'or ou de papier gravé, mais des véritables richesses: des choses qui nourrissent, qui habillent, qui logent, qui répondent à des besoins.
La vie n'est pas toujours aussi douce qu'ils souhaiteraient. Il leur manque bien des choses auxquelles ils étaient habitués dans la civilisation. Mais leur sort pourrait être beaucoup plus triste.
D'ailleurs, ils ont déjà connu des temps de crise au Canada. Ils se rappellent les privations subies, alors que des magasins étaient trop pleins à dix pas de leur porte. Au moins, dans l'Ile des Naufragés, personne ne les condamne à voir pourrir sous leurs yeux des choses dont ils ont besoin. Puis les taxes sont inconnues. Les ventes par le shérif ne sont pas à craindre.
Si le travail est dur parfois, au moins on a le droit de jouir des fruits du travail.
Somme toute, on exploite l'île en bénissant Dieu, espérant qu'un jour on pourra retrouver les parents et les amis, avec deux grands biens conservés: la vie et la santé.
4. Un inconvénient majeur
Nos hommes se réunissent souvent pour causer de leurs affaires.
Dans le système économique très simplifié qu'ils pratiquent, une chose les taquine de plus en plus: ils n'ont aucune espèce de monnaie. Le troc, l'échange direct de produits contre produits, a ses inconvénients. Les produits à échanger ne sont pas toujours en face l'un de l'autre en même temps. Ainsi, du bois livré au cultivateur en hiver ne pourra être remboursé en légumes que dans six mois.
Parfois aussi, c'est un gros article livré d'un coup par un des hommes, et il voudrait en retour différentes petites choses produites par plusieurs des autres hommes, à des époques différentes.
Tout cela complique les affaires. S'il y avait de l'argent dans la circulation, chacun vendrait ses produits aux autres pour de l'argent. Avec l'argent reçu, il achèterait des autres les choses qu'il veut, quand il les veut et qu'elles sont là.
Tous s'entendent pour reconnaître la commodité que serait un système d'argent. Mais aucun d'eux ne sait comment en établir un. Ils ont appris à produire la vraie richesse, les choses. Mais ils ne savent pas faire les signes, l'argent.
Ils ignorent comment l'argent commence, et comment le faire commencer quand il n'y en a pas et qu'on décide ensemble d'en avoir... Bien des hommes instruits seraient sans doute aussi embarrassés; tous nos gouvernements l'ont bien été pendant dix années avant la guerre. Seul, l'argent manquait au pays, et le gouvernement restait paralysé devant ce problème.
5. Arrivée d'un réfugié
Un soir que nos hommes, assis sur le rivage, ressassent ce problème pour la centième fois, ils voient soudain approcher une chaloupe avironnée par un seul homme.
On s'empresse d'aider le nouveau naufragé. On lui offre les premiers soins et on cause. Il parle français, bien que les traits de son visage indiquent une autre origine.
On apprend que c'est un Européen échappé lui aussi à un naufrage et seul survivant. Son nom: Martin Golden.
Heureux d'avoir un compagnon de plus, nos cinq hommes l'accueillent avec chaleur et lui font visiter la colonie.
-"Quoique perdus loin du reste du monde, lui disent-ils, nous ne sommes pas trop à plaindre. La terre rend bien; la forêt aussi. Une seule chose nous manque: nous n'avons pas de monnaie pour faciliter les échanges de nos produits."
-"Bénissez le hasard qui m'amène ici! répond Martin. L'argent n'a pas de mystère pour moi. Je suis un banquier, et je puis vous installer en peu de temps un système monétaire qui vous donnera satisfaction."
Un banquier !... Un banquier !... Un ange venu tout droit du ciel n'aurait pas inspiré plus de révérence. N'est-on pas habitué, en pays civilisé, à s'incliner devant les banquiers, qui contrôlent les pulsations de la finance ?
6. Le dieu de la civilisation
-"Monsieur Martin, puisque vous êtes banquier, vous ne travaillerez pas dans l'île. Vous allez seulement vous occuper de notre argent.
-"Je m'en acquitterai avec la satisfaction, comme tout banquier, de forger la prospérité commune.
-"Monsieur Martin, on vous bâtira une demeure digne de vous. En attendant, peut-on vous installer dans l'édifice qui sert à nos réunions publiques ?
-"Très bien, mes amis. Mais commençons par décharger les effets de la chaloupe que j'ai pu sauver dans le naufrage: une petite presse, du papier et accessoires, et surtout un petit baril que vous traiterez avec grand soin."
On décharge le tout. Le petit baril intrigue la curiosité de nos braves gens.
-"Ce baril, déclare Martin, c'est un trésor sans pareil. I1 est plein d'or !"
Plein d'or ! Cinq âmes faillirent s'échapper de cinq corps. Le dieu de la civilisation entré dans l'Ile des Naufragés. Le dieu jaune, toujours caché, mais puissant, terrible, dont la présence, l'absence ou les moindres caprices peuvent décider de la vie de 100 nations !
-"De l'or ! Monsieur Martin, vrai grand banquier! Recevez nos hommages et nos serments de fidélité.
-"De l'or pour tout un continent, mes amis. Mais ce n'est pas de l'or qui va circuler. I1 faut cacher l'or: l'or est l'âme de tout argent sain. L'âme doit rester invisible. Je vous expliquerai tout cela en vous passant de l'argent."
7. Un enterrement sans témoin
Avant de se séparer pour la nuit, Martin leur pose une dernière question:
-"Combien vous faudrait-il d'argent dans l'île pour commencer, pour que les échanges marchent bien ?"
On se regarde. On consulte humblement Martin lui-même. Avec les suggestions du bienveillant banquier, on convient que $200 pour chacun paraissent suffisants pour commencer. Rendez-vous fixé pour le lendemain soir.
Les hommes se retirent, échangent entre eux des réflexions émues, se couchent tard, ne s'endorment bien que vers le matin, après avoir longtemps rêvé d'or les yeux ouverts.
Martin, lui, ne perd pas de temps. I1 oublie sa fatigue pour ne penser qu'à son avenir de banquier. A la faveur du petit jour, il creuse un trou, y roule son baril, le couvre de terre, le dissimule sous des touffes d'herbe soigneusement placées, y transplante même un petit arbuste pour cacher toute trace.
Puis, il met en œuvre sa petite presse, pour imprimer mille billets d'un dollar. En voyant les billets sortir, tout neufs, de sa presse, il songe en lui même:
-"Comme ils sont faciles à faire, ces billets ! Ils tirent leur valeur des produits qu'ils vont servir à acheter. Sans produits, les billets ne vaudraient rien. Mes cinq naïfs de clients ne pensent pas à cela. Ils croient que c'est l'or qui garantit les piastres. Je les tiens par leur ignorance !"
Le soir venu, les cinq arrivent en courant près de Martin.
8. A qui l'argent frais fait?
Cinq piles de billets étaient là, sur la table.
-"Avant de vous distribuer cet argent, dit le banquier, il faut s'entendre.
"L'argent est basé sur l'or. L'or, placé dans la voûte de ma banque, est à moi. Donc, l'argent est à moi... Oh! ne soyez pas tristes. Je vais vous prêter cet argent, et vous l'emploierez à votre gré. En attendant, je ne vous charge que l'intérêt. Vu que l'argent est rare dans l'Ile, puisqu'il n'y en a pas du tout, je crois être raisonnable en demandant un petit intérêt de 8 pour cent seulement.
-"En effet, monsieur Martin, vous êtes très généreux.
-"Un dernier point, mes amis. Les affaires sont les affaires, même entre grands amis. Avant de toucher son argent, chacun de vous va signer ce document: c'est l'engagement par chacun de rembourser capital et intérêts, sous peine de confiscation par moi de ses propriétés. Oh ! une simple garantie. Je ne tiens pas du tout à jamais avoir vos propriétés, je me contente d'argent. Je suis sûr que vous garderez vos biens et que vous me rendrez l'argent.
-"C'est plein de bons sens, monsieur Martin. Nous allons redoubler d'ardeur au travail et tout rembourser.
-"C'est cela. Et revenez me voir chaque fois que vous avez des problèmes. Le banquier est le meilleur ami de tout le monde... Maintenant, voici à chacun ses deux cents dollars."
Et nos cinq hommes s'en vont ravis, les piastres plein les mains et plein la tête.
9. Un problème d'arithmétique
L'argent de Martin a circulé dans l'Ile. Les échanges se sont multipliés en se simplifiant. Tout le monde se réjouit et salue Martin avec respect et gratitude.
Cependant, le prospecteur, est inquiet. Ses produits sont encore sous terre. I1 n'a plus que quelques piastres en poche. Comment rembourser le banquier à l'échéance qui vient?
Après s'être longtemps creusé la tête devant son problème individuel, Thomas l'aborde socialement:
"Considérant la population entière de l'île, songe-t-il, sommes nous capables de tenir nos engagements? Martin a fait une somme totale de $1000. Il nous demande au total $1080. Quand même nous prendrions ensemble tout l'argent de l'île pour le lui porter, cela ferait 1000 pas 1080. Personne n'a fait les $80 de plus. Nous faisons des choses, pas des piastres. Martin pourra donc saisir toute l'île, parce que tous ensemble, nous ne pouvons rembourser capital et intérêts.
"Si ceux qui sont capables remboursent pour eux-mêmes sans se soucier des autres, quelques-uns vont tomber tout de suite, quelques autres vont survivre. Mais le tour des autres viendra et le banquier saisira tout. Il vaut mieux s'unir tout de suite et régler cette affaire socialement."
Thomas n'a pas de peine à convaincre les autres que Martin les a dupés. On s'entend pour un rendez-vous général chez le banquier.
10. Bienveillance du banquier
Martin devine leur état d'âme, mais fait bon visage. L'impulsif François présente le cas:
-"Comment pouvons-nous vous apporter $1080 quand il n'y a que $1000 dans toute l'ile ?
-"C'est l'intérêt, mes bons amis. Est-ce que votre production n'a pas augmenté ?
-"Oui, mais l'argent, lui, n'a pas augmenté. Or, c'est justement de l'argent que vous réclamez, et non pas des produits. Vous seul pouvez faire de l'argent. Or vous ne faites que $1000 et vous demandez $1080. C'est impossible!
-"Attendez, mes amis. Les banquiers s'adaptent toujours aux conditions, pour le plus grand bien du public... Je ne vais vous demander que l'intérêt. Rien que $80. Vous continuerez de garder le capital.
-"Vous nous remettez notre dette ?
-"Non pas. Je le regrette, mais un banquier ne remet jamais une dette. Vous me devrez encore tout l'argent prêté. Mais vous ne me remettrez chaque année que l'intérêt, je ne vous presserai pas pour le remboursement du capital. Quelques-uns parmi vous peuvent devenir incapables de payer même leur intérêt, parce que l'argent va de l'un à l'autre. Mais organisez-vous en nation, et convenez d'un système de collection. On appelle cela taxer. Vous taxerez davantage ceux qui auront plus d'argent, les autres moins. Pourvu que vous m'apportiez collectivement le total de l'intérêt, je serai satisfait et votre nation se portera bien."
Nos hommes se retirent, mi calmés, mi-pensifs.
11. L'extase de Martin Golden
Martin est seul. Il se recueille. Il conclut:
"Mon affaire est bonne. Bons travailleurs, ces hommes, mais ignorants. Leur ignorance et leur crédulité font ma force. Ils voulaient de l'argent, je leur ai passé des chaînes. Ils m'ont couvert de fleurs pendant que je les roulais.
"Oh! grand Rothschild, je sens ton génie de banquier s'emparer de mon être. Tu l'as bien dit, illustre maître: "Qu'on m'accorde le contrôle de la monnaie d'une nation et je me fiche de qui fait ses lois". Je suis le maître de l'Ile des Naufragés, parce que je contrôle son système d'argent.
Je pourrais contrôler un univers. Ce que je fais ici, moi, Martin Golden, je puis le faire dans le monde entier. Que je sorte un jour de cet îlot: je sais comment gouverner le monde sans tenir de sceptre.
"Ma délectation souveraine serait de verser ma philosophie dans des têtes de chrétiens: banquiers, chefs d'industrie, politiciens, sauveurs du peuple, professeurs, journalistes, ils seraient mes valets. La masse des chrétiens s'endort mieux dans son esclavage, quand les contremaîtres d'esclaves sont eux-mêmes des chrétiens."
Et toute la structure du système bancaire rothschildien se dresse dans l'esprit ravi de Martin.
12. Crise de vie chère
Cependant, la situation empire dans l'Ile des Naufragés. La productivité a beau augmenter, les échanges ralentissent. Martin pompe régulièrement ses intérêts. I1 faut songer à mettre de l'argent de côté pour lui. L'argent colle, il circule mal.
Ceux qui paient le plus de taxes crient contre les autres et haussent leurs prix pour trouver compensation. Les plus pauvres, qui ne paient pas de taxes, crient contre la cherté de la vie et achètent moins.
Le moral baisse, la joie de vivre s'en va. On n'a plus de cœur à l'ouvrage. A quoi bon? Les produits se vendent mal; et quand ils se vendent, il faut donner des taxes pour Martin. On se prive. C'est la crise. Et chacun accuse son voisin de manquer de vertu et d'être la cause de la vie chère.
Un jour, Henri, réfléchissant au milieu de ses vergers, conclut que le "progrès" apporté par le système monétaire du banquier a tout gâté dans l'Ile. Assurément, les cinq hommes ont leurs défauts; mais le système de Martin nourrit tout ce qu'il y a de plus mauvais dans la nature humaine.
Henri décide de convaincre et rallier ses compagnons. Ils commence par Jacques. C'est vite fait: "Eh ! dit Jacques, je ne suis pas savant, moi; mais il y a longtemps que je le sens: le système de ce banquier-là est plus pourri que le fumier de mon étable du printemps dernier !"
Tous sont gagnés l'un après l'autre, et une nouvelle entrevue avec Martin est décidée.
13. Chez le forgeur de chaînes
Ce fut une tempête chez le banquier:
-"L'argent est rare dans l'île, monsieur, parce que vous nous l'ôtez. On vous paie, on vous paie, et on vous doit encore autant qu'au commencement. On travaille, on fait de plus belles terres, et nous voilà plus mal pris qu'avant votre arrivée. Dette! Dette! Dette par-dessus la tête !
-"Allons, mes amis, raisonnons un peu. Si vos terres sont plus belles, c'est grâce à moi. Un bon système bancaire est le plus bel actif d'un pays. Mais pour en profiter, il faut garder avant tout la confiance dans le banquier. Venez à moi comme à un père... Vous voulez d'autre argent ? Très bien. Mon baril d'or vaut bien des fois mille dollars... Tenez, je vais hypothéquer vos nouvelles propriétés et vous prêter un autre mille dollars tout de suite.
-"Deux fois plus de dette ? Deux fois plus d'intérêt à payer tous les ans, sans jamais finir?
-"Oui, mais je vous en prêterai encore, tant que vous augmenterez votre richesse foncière; et vous ne me rendrez jamais que l'intérêt. Vous empilerez les emprunts; vous appellerez cela dette consolidée. Dette qui pourra grossir d'année en année. Mais votre revenu aussi. Grâce à mes prêts, vous développerez votre pays.
-"Alors, plus notre travail fera l'île produire, plus notre dette totale augmentera ?
-"Comme dans tous les pays civilisés. La dette publique est un baromètre de la prospérité."
14. Le loup mange les agneaux
-"C'est cela que vous appelez monnaie saine, monsieur Martin ? Une dette nationale devenue nécessaire et
impayable, ce n'est pas sain, c'est malsain.
-"Messieurs, toute monnaie saine doit être basée sur l'or et sortir de la banque à l'état de dette. La dette nationale est une bonne chose: elle place; les gouvernements sous la sagesse incarnée dans les banquiers. A titre de banquier, je suis un flambeau de civilisation dans votre île.
-"Monsieur Martin, nous ne sommes que des ignorants, mais nous ne voulons point de cette civilisation-là ici. Nous n'emprunterons plus un seul sou de vous. Monnaie saine ou pas saine, nous ne voulons plus faire affaire avec vous.
-"Je regrette cette décision maladroite, messieurs. Mais si vous rompez avec moi, j'ai vos signatures. Remboursez-moi immédiatement tout, capital et intérêts.
-"Mais c'est impossible, monsieur. Quand même on vous donnerait tout l'argent de l'île, on ne serait pas quitte.
-"Je n'y puis rien. Avez-vous signé, oui ou non? Oui? Eh bien, en vertu de la sainteté des contrats, je saisis toutes vos propriété gagées, tel que convenu entre nous, au temps où vous étiez si contents de m'avoir. Vous ne voulez pas servir de bon gré la puissance suprême de l'argent, vous la servirez de force. Vous continuerez à exploiter l'Ile, mais pour moi et à mes conditions. Allez. Je vous passerai mes ordres demain.
15. Le contrôle des journaux
Comme Rothschild, Martin sait que celui qui contrôle le système d'argent d'une nation contrôle cette nation. Mais il sait aussi que, pour maintenir ce contrôle, il faut entretenir le peuple dans l'ignorance et l'amuser avec autre chose.
Martin a remarqué que, sur les cinq insulaires, deux sont conservateurs et trois sont libéraux. Cela paraît dans les conversations des cinq, le soir, surtout depuis qu'ils sont devenus ses esclaves. On se chicane entre bleus et rouges.
De temps en temps, Henri, moins partisan, suggère une force dans le peuple pour faire pression sur les gouvernants... Force dangereuse pour toute dictature.
Martin va donc s'appliquer à envenimer leurs discordes politiques le plus possible.
I1 se sert de sa petite presse et fait paraître deux feuilles hebdomadaires: "Le Soleil", pour les rouges; "L'Etoile", pour les bleus. "Le Soleil" dit en substance: Si vous n'êtes plus les maîtres chez vous, c'est à cause de ces arriérés de bleus, toujours collés aux gros intérêts.
"L'Etoile" dit en substance: Votre dette nationale est l'œuvre des maudits: rouges, toujours prêts aux aventures politiques.
Et nos deux groupements politiques se chamaillent de plus belle, oubliant le véritable forgeur de chaînes, le contrôleur de l'argent, Martin.
16. Une épave précieuse
Un jour, Thomas, le prospecteur, découvre, échouée au fond d'une anse, au bout de l'ile et voilée par de hautes herbes, une chaloupe de sauvetage, sans rame, sans autre trace de service qu'une caisse assez bien conservée.
I1 ouvre la caisse: outre du linge et quelques menus effets, son attention s'arrête sur un livre-album en assez
bon ordre, intitulé:
Première année de Vers Demain
Curieux, notre homme s'assied et ouvre ce volume. Il lit. Il dévore. I1 s'illumine:
"Mais, s'écrie-t-il, voilà ce qu'on aurait dû savoir depuis longtemps.
"L'argent ne tire nullement sa valeur de l'or, mais des produits que l'argent achète.
"L'argent peut être une simple comptabilité, les crédits passant d'un compte à l'autre selon les achats et les ventes. Le total de l'argent en rapport avec le total de la production.
"A toute augmentation de production, doit correspondre une augmentation équivalente d'argent... Jamais d'intérêt à payer sur l'argent naissant... Le progrès représenté, non pas par une dette publique, mais par un dividende égal à chacun... Les prix, ajustés au pouvoir d'achat par un coefficient des prix. Le Crédit Social..."
Thomas n'y tient plus. Il se lève et court, avec son livre, faire part de sa splendide découverte à ses quatre compagnons.
17. L'argent, simple comptabilité
Et Thomas s'installe professeur:
"Voici, dit-il, ce qu'on aurait pu faire, sans le banquier, sans or, sans signer aucune dette.
"J'ouvre un compte au nom de chacun de vous. A droite, les crédits, ce qui ajoute au compte; à gauche, les débits, ce qui le diminue.
"On voulait chacun $200 pour commencer. D'un commun accord, décidons d'écrire $200 au crédit de chacun. Chacun a tout de suite $200.
"François achète des produits de Paul, pour $10. Je retranche 10 à François, il lui reste 190. J'ajoute 10 à Paul, il a maintenant 210. "Jacques achète de Paul pour $8. Je retranche 8 à Jacques, il garde 192. Paul, lui, monte à 218.
"Paul achète du bois de François, pour $15. Je retranche 15 à Paul, il garde 203; j'ajoute 15 à François, il remonte à 205.
"Et ainsi de suite; d'un compte à l'autre, tout comme des piastres en papier vont d'une poche à l'autre.
"Si l'un de nous a besoin d'argent pour augmenter sa production, on lui ouvre le crédit nécessaire, sans intérêt. Il rembourse le crédit une fois la production vendue. Même chose pour les travaux publics.
"On augmente aussi, périodiquement, les comptes de chacun d'une somme additionnelle, sans rien ôter à personne, en correspondance au progrès social. C'est le dividende national L'argent est ainsi un instrument de service.
18. Désespoir du banquier
Tous ont compris. La petite nation est devenue créditiste. Le lendemain, le banquier Martin reçoit une lettre signée des cinq:
"Monsieur, vous nous avez endettés et exploités sans aucune nécessité. Nous n'avons plus besoin de vous pour régir notre système d'argent. Nous aurons désormais tout l'argent qu'il nous faut, sans or, sans dette, sans voleur. Nous établissons immédiatement dans l'Ile des Naufragés le système du Crédit Social. Le dividende national remplacera la dette nationale.
"Si vous tenez à votre remboursement, nous pouvons vous remettre tout l'argent que vous avez fait pour nous, pas plus. Vous ne pouvez réclamer ce que vous n'avez pas fait.
Martin est au désespoir. C'est son empire qui s'écroule. Les cinq devenus créditistes, plus de mystère d'argent ou de crédit pour eux.
"Que faire? Leur demander pardon, devenir comme l'un d'eux ? Moi, banquier, faire cela ?... Non. Je vais plutôt essayer de me passer d'eux et de vivre à l'écart.
19. Supercherie mise à jour
Pour se protéger contre toute réclamation future possible, nos hommes ont décidé de faire signer au banquier un document attestant qu'il possède encore tout ce qu'il avait en venant dans l'île.
D'où l'inventaire général: la chaloupe, la petite presse et... le fameux baril d'or.
Il a fallu que Martin indique l'endroit, et l'on déterre le baril. Nos hommes le sortent du trou avec beaucoup moins de respect cette fois. Le Crédit Social leur a appris à mépriser le fétiche or.
Le prospecteur, en soulevant le baril, trouve que pour de l'or, ìa ne pèse pas beaucoup: "Je doute fort que ce baril soit plein d'or", dit-il.
L'impétueux François n'hésite pas plus longtemps. Un coup de hache et le baril étale son contenu: d'or, pas une once! Des roches - rien que de vulgaires roches sans valeur!...
Nos hommes n'en reviennent pas:
-"Dire qu'il nous a mystifiés à ce point-là, le misérable! A-t-il fallu être gogos, aussi, pour tomber en extase devant le seul mot OR!
-"Dire que nous lui avons gagé toutes nos propriétés pour des bouts de papier basés sur quatre pelletées de roches! Voleur doublé de menteur!
-"Dire que nous nous sommes boudés et haïs les uns les autres pendant des mois et des mois pour une supercherie pareille! Le démon!" A peine François avait-il levé sa hache que le banquier partait à toutes jambes vers la forêt.
Depuis des heures, de longues heures, il scrutent l'horizon: quelque navire en voyage les apercevrait-il? Leur radeau de fortune échouerait-il sur quelque rivage hospitalier?
Tout à coup, un cri a retenti: Terre! Terre là-bas, voyez! Justement dans la direction où nous poussent les vagues!
Et à mesure que se dessine, en effet, la ligne d'un rivage, les figures s'épanouissent.
Ils sont cinq:
François, le grand et vigoureux charpentier qui a le premier lancé le cri: Terre!
Paul, cultivateur; c'est lui que vous voyez en avant, à gauche, à genoux, une main à terre, l'autre accrochée au piquet de l'épave;
Jacques, spécialisé dans l'élevage des animaux: c'est l'homme au pantalon rayé qui, les genoux à terre, regarde dans la direction indiquée;
Henri, l'agronome horticulteur, un peu corpulent, assis sur une valise échappée au naufrage;
Thomas, le prospecteur minéralogiste, c'est le gaillard qui se tient debout en arrière, avec une main sur l'épaule du charpentier.
2. Une île providentielle
Remettre les pieds sur une terre ferme, c'est pour nos hommes un retour à la vie.
Une fois séchés, réchauffés, leur premier empressement est de faire connaissance avec cette île où ils sont jetés loin de la civilisation. Cette île qu'ils baptisent L'Ile des Naufragés.
Une rapide tournée comble leurs espoirs. L'île n'est pas un désert aride. Ils sont bien les seuls hommes à l'habiter actuellement. Mais d'autres ont dû y vivre avant eux, s'il faut en juger par les restes de troupeaux demi-sauvages qu'ils ont rencontrés ici et là. Jacques, l'éleveur, affirme qu'il pourra les améliorer et en tirer un bon rendement.
Quant au sol de l'île, Paul le trouve en grande partie fort propice à la culture.
Henri y a découvert des arbres fruitiers, dont il espère pouvoir tirer grand profit.
François y a remarqué surtout les belles étendues forestières, riches en bois de toutes sortes: ce sera un jeu d'abattre des arbres et de construire des abris pour la petite colonie.
Quant à Thomas, le prospecteur, ce qui l'a intéressé, c'est la partie la plus rocheuse de l'île. I1 y a noté plusieurs signes indiquant un sous-sol richement minéralisé. Malgré l'absence d'outils perfectionnés, Thomas se croit assez d'initiative et de débrouillardise pour transformer le minerai en métaux utiles.
Chacun va donc pouvoir se livrer à ses occupations favorites pour le bien de tous. Tous sont unanimes à louer la Providence du dénouement relativement heureux d'une grande tragédie.
3. Les véritables richesses
Et voilà nos hommes à l'ouvrage.
Les maisons et des meubles sortent du travail du charpentier. Les premiers temps, on s'est contenté de nourriture primitive. Mais bientôt les champs produisent et le laboureur a des récoltes.
A mesure que les saisons succèdent aux saisons, le patrimoine de l'Ile s'enrichit. I1 s'enrichit, non pas d'or ou de papier gravé, mais des véritables richesses: des choses qui nourrissent, qui habillent, qui logent, qui répondent à des besoins.
La vie n'est pas toujours aussi douce qu'ils souhaiteraient. Il leur manque bien des choses auxquelles ils étaient habitués dans la civilisation. Mais leur sort pourrait être beaucoup plus triste.
D'ailleurs, ils ont déjà connu des temps de crise au Canada. Ils se rappellent les privations subies, alors que des magasins étaient trop pleins à dix pas de leur porte. Au moins, dans l'Ile des Naufragés, personne ne les condamne à voir pourrir sous leurs yeux des choses dont ils ont besoin. Puis les taxes sont inconnues. Les ventes par le shérif ne sont pas à craindre.
Si le travail est dur parfois, au moins on a le droit de jouir des fruits du travail.
Somme toute, on exploite l'île en bénissant Dieu, espérant qu'un jour on pourra retrouver les parents et les amis, avec deux grands biens conservés: la vie et la santé.
4. Un inconvénient majeur
Nos hommes se réunissent souvent pour causer de leurs affaires.
Dans le système économique très simplifié qu'ils pratiquent, une chose les taquine de plus en plus: ils n'ont aucune espèce de monnaie. Le troc, l'échange direct de produits contre produits, a ses inconvénients. Les produits à échanger ne sont pas toujours en face l'un de l'autre en même temps. Ainsi, du bois livré au cultivateur en hiver ne pourra être remboursé en légumes que dans six mois.
Parfois aussi, c'est un gros article livré d'un coup par un des hommes, et il voudrait en retour différentes petites choses produites par plusieurs des autres hommes, à des époques différentes.
Tout cela complique les affaires. S'il y avait de l'argent dans la circulation, chacun vendrait ses produits aux autres pour de l'argent. Avec l'argent reçu, il achèterait des autres les choses qu'il veut, quand il les veut et qu'elles sont là.
Tous s'entendent pour reconnaître la commodité que serait un système d'argent. Mais aucun d'eux ne sait comment en établir un. Ils ont appris à produire la vraie richesse, les choses. Mais ils ne savent pas faire les signes, l'argent.
Ils ignorent comment l'argent commence, et comment le faire commencer quand il n'y en a pas et qu'on décide ensemble d'en avoir... Bien des hommes instruits seraient sans doute aussi embarrassés; tous nos gouvernements l'ont bien été pendant dix années avant la guerre. Seul, l'argent manquait au pays, et le gouvernement restait paralysé devant ce problème.
5. Arrivée d'un réfugié
Un soir que nos hommes, assis sur le rivage, ressassent ce problème pour la centième fois, ils voient soudain approcher une chaloupe avironnée par un seul homme.
On s'empresse d'aider le nouveau naufragé. On lui offre les premiers soins et on cause. Il parle français, bien que les traits de son visage indiquent une autre origine.
On apprend que c'est un Européen échappé lui aussi à un naufrage et seul survivant. Son nom: Martin Golden.
Heureux d'avoir un compagnon de plus, nos cinq hommes l'accueillent avec chaleur et lui font visiter la colonie.
-"Quoique perdus loin du reste du monde, lui disent-ils, nous ne sommes pas trop à plaindre. La terre rend bien; la forêt aussi. Une seule chose nous manque: nous n'avons pas de monnaie pour faciliter les échanges de nos produits."
-"Bénissez le hasard qui m'amène ici! répond Martin. L'argent n'a pas de mystère pour moi. Je suis un banquier, et je puis vous installer en peu de temps un système monétaire qui vous donnera satisfaction."
Un banquier !... Un banquier !... Un ange venu tout droit du ciel n'aurait pas inspiré plus de révérence. N'est-on pas habitué, en pays civilisé, à s'incliner devant les banquiers, qui contrôlent les pulsations de la finance ?
6. Le dieu de la civilisation
-"Monsieur Martin, puisque vous êtes banquier, vous ne travaillerez pas dans l'île. Vous allez seulement vous occuper de notre argent.
-"Je m'en acquitterai avec la satisfaction, comme tout banquier, de forger la prospérité commune.
-"Monsieur Martin, on vous bâtira une demeure digne de vous. En attendant, peut-on vous installer dans l'édifice qui sert à nos réunions publiques ?
-"Très bien, mes amis. Mais commençons par décharger les effets de la chaloupe que j'ai pu sauver dans le naufrage: une petite presse, du papier et accessoires, et surtout un petit baril que vous traiterez avec grand soin."
On décharge le tout. Le petit baril intrigue la curiosité de nos braves gens.
-"Ce baril, déclare Martin, c'est un trésor sans pareil. I1 est plein d'or !"
Plein d'or ! Cinq âmes faillirent s'échapper de cinq corps. Le dieu de la civilisation entré dans l'Ile des Naufragés. Le dieu jaune, toujours caché, mais puissant, terrible, dont la présence, l'absence ou les moindres caprices peuvent décider de la vie de 100 nations !
-"De l'or ! Monsieur Martin, vrai grand banquier! Recevez nos hommages et nos serments de fidélité.
-"De l'or pour tout un continent, mes amis. Mais ce n'est pas de l'or qui va circuler. I1 faut cacher l'or: l'or est l'âme de tout argent sain. L'âme doit rester invisible. Je vous expliquerai tout cela en vous passant de l'argent."
7. Un enterrement sans témoin
Avant de se séparer pour la nuit, Martin leur pose une dernière question:
-"Combien vous faudrait-il d'argent dans l'île pour commencer, pour que les échanges marchent bien ?"
On se regarde. On consulte humblement Martin lui-même. Avec les suggestions du bienveillant banquier, on convient que $200 pour chacun paraissent suffisants pour commencer. Rendez-vous fixé pour le lendemain soir.
Les hommes se retirent, échangent entre eux des réflexions émues, se couchent tard, ne s'endorment bien que vers le matin, après avoir longtemps rêvé d'or les yeux ouverts.
Martin, lui, ne perd pas de temps. I1 oublie sa fatigue pour ne penser qu'à son avenir de banquier. A la faveur du petit jour, il creuse un trou, y roule son baril, le couvre de terre, le dissimule sous des touffes d'herbe soigneusement placées, y transplante même un petit arbuste pour cacher toute trace.
Puis, il met en œuvre sa petite presse, pour imprimer mille billets d'un dollar. En voyant les billets sortir, tout neufs, de sa presse, il songe en lui même:
-"Comme ils sont faciles à faire, ces billets ! Ils tirent leur valeur des produits qu'ils vont servir à acheter. Sans produits, les billets ne vaudraient rien. Mes cinq naïfs de clients ne pensent pas à cela. Ils croient que c'est l'or qui garantit les piastres. Je les tiens par leur ignorance !"
Le soir venu, les cinq arrivent en courant près de Martin.
8. A qui l'argent frais fait?
Cinq piles de billets étaient là, sur la table.
-"Avant de vous distribuer cet argent, dit le banquier, il faut s'entendre.
"L'argent est basé sur l'or. L'or, placé dans la voûte de ma banque, est à moi. Donc, l'argent est à moi... Oh! ne soyez pas tristes. Je vais vous prêter cet argent, et vous l'emploierez à votre gré. En attendant, je ne vous charge que l'intérêt. Vu que l'argent est rare dans l'Ile, puisqu'il n'y en a pas du tout, je crois être raisonnable en demandant un petit intérêt de 8 pour cent seulement.
-"En effet, monsieur Martin, vous êtes très généreux.
-"Un dernier point, mes amis. Les affaires sont les affaires, même entre grands amis. Avant de toucher son argent, chacun de vous va signer ce document: c'est l'engagement par chacun de rembourser capital et intérêts, sous peine de confiscation par moi de ses propriétés. Oh ! une simple garantie. Je ne tiens pas du tout à jamais avoir vos propriétés, je me contente d'argent. Je suis sûr que vous garderez vos biens et que vous me rendrez l'argent.
-"C'est plein de bons sens, monsieur Martin. Nous allons redoubler d'ardeur au travail et tout rembourser.
-"C'est cela. Et revenez me voir chaque fois que vous avez des problèmes. Le banquier est le meilleur ami de tout le monde... Maintenant, voici à chacun ses deux cents dollars."
Et nos cinq hommes s'en vont ravis, les piastres plein les mains et plein la tête.
9. Un problème d'arithmétique
L'argent de Martin a circulé dans l'Ile. Les échanges se sont multipliés en se simplifiant. Tout le monde se réjouit et salue Martin avec respect et gratitude.
Cependant, le prospecteur, est inquiet. Ses produits sont encore sous terre. I1 n'a plus que quelques piastres en poche. Comment rembourser le banquier à l'échéance qui vient?
Après s'être longtemps creusé la tête devant son problème individuel, Thomas l'aborde socialement:
"Considérant la population entière de l'île, songe-t-il, sommes nous capables de tenir nos engagements? Martin a fait une somme totale de $1000. Il nous demande au total $1080. Quand même nous prendrions ensemble tout l'argent de l'île pour le lui porter, cela ferait 1000 pas 1080. Personne n'a fait les $80 de plus. Nous faisons des choses, pas des piastres. Martin pourra donc saisir toute l'île, parce que tous ensemble, nous ne pouvons rembourser capital et intérêts.
"Si ceux qui sont capables remboursent pour eux-mêmes sans se soucier des autres, quelques-uns vont tomber tout de suite, quelques autres vont survivre. Mais le tour des autres viendra et le banquier saisira tout. Il vaut mieux s'unir tout de suite et régler cette affaire socialement."
Thomas n'a pas de peine à convaincre les autres que Martin les a dupés. On s'entend pour un rendez-vous général chez le banquier.
10. Bienveillance du banquier
Martin devine leur état d'âme, mais fait bon visage. L'impulsif François présente le cas:
-"Comment pouvons-nous vous apporter $1080 quand il n'y a que $1000 dans toute l'ile ?
-"C'est l'intérêt, mes bons amis. Est-ce que votre production n'a pas augmenté ?
-"Oui, mais l'argent, lui, n'a pas augmenté. Or, c'est justement de l'argent que vous réclamez, et non pas des produits. Vous seul pouvez faire de l'argent. Or vous ne faites que $1000 et vous demandez $1080. C'est impossible!
-"Attendez, mes amis. Les banquiers s'adaptent toujours aux conditions, pour le plus grand bien du public... Je ne vais vous demander que l'intérêt. Rien que $80. Vous continuerez de garder le capital.
-"Vous nous remettez notre dette ?
-"Non pas. Je le regrette, mais un banquier ne remet jamais une dette. Vous me devrez encore tout l'argent prêté. Mais vous ne me remettrez chaque année que l'intérêt, je ne vous presserai pas pour le remboursement du capital. Quelques-uns parmi vous peuvent devenir incapables de payer même leur intérêt, parce que l'argent va de l'un à l'autre. Mais organisez-vous en nation, et convenez d'un système de collection. On appelle cela taxer. Vous taxerez davantage ceux qui auront plus d'argent, les autres moins. Pourvu que vous m'apportiez collectivement le total de l'intérêt, je serai satisfait et votre nation se portera bien."
Nos hommes se retirent, mi calmés, mi-pensifs.
11. L'extase de Martin Golden
Martin est seul. Il se recueille. Il conclut:
"Mon affaire est bonne. Bons travailleurs, ces hommes, mais ignorants. Leur ignorance et leur crédulité font ma force. Ils voulaient de l'argent, je leur ai passé des chaînes. Ils m'ont couvert de fleurs pendant que je les roulais.
"Oh! grand Rothschild, je sens ton génie de banquier s'emparer de mon être. Tu l'as bien dit, illustre maître: "Qu'on m'accorde le contrôle de la monnaie d'une nation et je me fiche de qui fait ses lois". Je suis le maître de l'Ile des Naufragés, parce que je contrôle son système d'argent.
Je pourrais contrôler un univers. Ce que je fais ici, moi, Martin Golden, je puis le faire dans le monde entier. Que je sorte un jour de cet îlot: je sais comment gouverner le monde sans tenir de sceptre.
"Ma délectation souveraine serait de verser ma philosophie dans des têtes de chrétiens: banquiers, chefs d'industrie, politiciens, sauveurs du peuple, professeurs, journalistes, ils seraient mes valets. La masse des chrétiens s'endort mieux dans son esclavage, quand les contremaîtres d'esclaves sont eux-mêmes des chrétiens."
Et toute la structure du système bancaire rothschildien se dresse dans l'esprit ravi de Martin.
12. Crise de vie chère
Cependant, la situation empire dans l'Ile des Naufragés. La productivité a beau augmenter, les échanges ralentissent. Martin pompe régulièrement ses intérêts. I1 faut songer à mettre de l'argent de côté pour lui. L'argent colle, il circule mal.
Ceux qui paient le plus de taxes crient contre les autres et haussent leurs prix pour trouver compensation. Les plus pauvres, qui ne paient pas de taxes, crient contre la cherté de la vie et achètent moins.
Le moral baisse, la joie de vivre s'en va. On n'a plus de cœur à l'ouvrage. A quoi bon? Les produits se vendent mal; et quand ils se vendent, il faut donner des taxes pour Martin. On se prive. C'est la crise. Et chacun accuse son voisin de manquer de vertu et d'être la cause de la vie chère.
Un jour, Henri, réfléchissant au milieu de ses vergers, conclut que le "progrès" apporté par le système monétaire du banquier a tout gâté dans l'Ile. Assurément, les cinq hommes ont leurs défauts; mais le système de Martin nourrit tout ce qu'il y a de plus mauvais dans la nature humaine.
Henri décide de convaincre et rallier ses compagnons. Ils commence par Jacques. C'est vite fait: "Eh ! dit Jacques, je ne suis pas savant, moi; mais il y a longtemps que je le sens: le système de ce banquier-là est plus pourri que le fumier de mon étable du printemps dernier !"
Tous sont gagnés l'un après l'autre, et une nouvelle entrevue avec Martin est décidée.
13. Chez le forgeur de chaînes
Ce fut une tempête chez le banquier:
-"L'argent est rare dans l'île, monsieur, parce que vous nous l'ôtez. On vous paie, on vous paie, et on vous doit encore autant qu'au commencement. On travaille, on fait de plus belles terres, et nous voilà plus mal pris qu'avant votre arrivée. Dette! Dette! Dette par-dessus la tête !
-"Allons, mes amis, raisonnons un peu. Si vos terres sont plus belles, c'est grâce à moi. Un bon système bancaire est le plus bel actif d'un pays. Mais pour en profiter, il faut garder avant tout la confiance dans le banquier. Venez à moi comme à un père... Vous voulez d'autre argent ? Très bien. Mon baril d'or vaut bien des fois mille dollars... Tenez, je vais hypothéquer vos nouvelles propriétés et vous prêter un autre mille dollars tout de suite.
-"Deux fois plus de dette ? Deux fois plus d'intérêt à payer tous les ans, sans jamais finir?
-"Oui, mais je vous en prêterai encore, tant que vous augmenterez votre richesse foncière; et vous ne me rendrez jamais que l'intérêt. Vous empilerez les emprunts; vous appellerez cela dette consolidée. Dette qui pourra grossir d'année en année. Mais votre revenu aussi. Grâce à mes prêts, vous développerez votre pays.
-"Alors, plus notre travail fera l'île produire, plus notre dette totale augmentera ?
-"Comme dans tous les pays civilisés. La dette publique est un baromètre de la prospérité."
14. Le loup mange les agneaux
-"C'est cela que vous appelez monnaie saine, monsieur Martin ? Une dette nationale devenue nécessaire et
impayable, ce n'est pas sain, c'est malsain.
-"Messieurs, toute monnaie saine doit être basée sur l'or et sortir de la banque à l'état de dette. La dette nationale est une bonne chose: elle place; les gouvernements sous la sagesse incarnée dans les banquiers. A titre de banquier, je suis un flambeau de civilisation dans votre île.
-"Monsieur Martin, nous ne sommes que des ignorants, mais nous ne voulons point de cette civilisation-là ici. Nous n'emprunterons plus un seul sou de vous. Monnaie saine ou pas saine, nous ne voulons plus faire affaire avec vous.
-"Je regrette cette décision maladroite, messieurs. Mais si vous rompez avec moi, j'ai vos signatures. Remboursez-moi immédiatement tout, capital et intérêts.
-"Mais c'est impossible, monsieur. Quand même on vous donnerait tout l'argent de l'île, on ne serait pas quitte.
-"Je n'y puis rien. Avez-vous signé, oui ou non? Oui? Eh bien, en vertu de la sainteté des contrats, je saisis toutes vos propriété gagées, tel que convenu entre nous, au temps où vous étiez si contents de m'avoir. Vous ne voulez pas servir de bon gré la puissance suprême de l'argent, vous la servirez de force. Vous continuerez à exploiter l'Ile, mais pour moi et à mes conditions. Allez. Je vous passerai mes ordres demain.
15. Le contrôle des journaux
Comme Rothschild, Martin sait que celui qui contrôle le système d'argent d'une nation contrôle cette nation. Mais il sait aussi que, pour maintenir ce contrôle, il faut entretenir le peuple dans l'ignorance et l'amuser avec autre chose.
Martin a remarqué que, sur les cinq insulaires, deux sont conservateurs et trois sont libéraux. Cela paraît dans les conversations des cinq, le soir, surtout depuis qu'ils sont devenus ses esclaves. On se chicane entre bleus et rouges.
De temps en temps, Henri, moins partisan, suggère une force dans le peuple pour faire pression sur les gouvernants... Force dangereuse pour toute dictature.
Martin va donc s'appliquer à envenimer leurs discordes politiques le plus possible.
I1 se sert de sa petite presse et fait paraître deux feuilles hebdomadaires: "Le Soleil", pour les rouges; "L'Etoile", pour les bleus. "Le Soleil" dit en substance: Si vous n'êtes plus les maîtres chez vous, c'est à cause de ces arriérés de bleus, toujours collés aux gros intérêts.
"L'Etoile" dit en substance: Votre dette nationale est l'œuvre des maudits: rouges, toujours prêts aux aventures politiques.
Et nos deux groupements politiques se chamaillent de plus belle, oubliant le véritable forgeur de chaînes, le contrôleur de l'argent, Martin.
16. Une épave précieuse
Un jour, Thomas, le prospecteur, découvre, échouée au fond d'une anse, au bout de l'ile et voilée par de hautes herbes, une chaloupe de sauvetage, sans rame, sans autre trace de service qu'une caisse assez bien conservée.
I1 ouvre la caisse: outre du linge et quelques menus effets, son attention s'arrête sur un livre-album en assez
bon ordre, intitulé:
Première année de Vers Demain
Curieux, notre homme s'assied et ouvre ce volume. Il lit. Il dévore. I1 s'illumine:
"Mais, s'écrie-t-il, voilà ce qu'on aurait dû savoir depuis longtemps.
"L'argent ne tire nullement sa valeur de l'or, mais des produits que l'argent achète.
"L'argent peut être une simple comptabilité, les crédits passant d'un compte à l'autre selon les achats et les ventes. Le total de l'argent en rapport avec le total de la production.
"A toute augmentation de production, doit correspondre une augmentation équivalente d'argent... Jamais d'intérêt à payer sur l'argent naissant... Le progrès représenté, non pas par une dette publique, mais par un dividende égal à chacun... Les prix, ajustés au pouvoir d'achat par un coefficient des prix. Le Crédit Social..."
Thomas n'y tient plus. Il se lève et court, avec son livre, faire part de sa splendide découverte à ses quatre compagnons.
17. L'argent, simple comptabilité
Et Thomas s'installe professeur:
"Voici, dit-il, ce qu'on aurait pu faire, sans le banquier, sans or, sans signer aucune dette.
"J'ouvre un compte au nom de chacun de vous. A droite, les crédits, ce qui ajoute au compte; à gauche, les débits, ce qui le diminue.
"On voulait chacun $200 pour commencer. D'un commun accord, décidons d'écrire $200 au crédit de chacun. Chacun a tout de suite $200.
"François achète des produits de Paul, pour $10. Je retranche 10 à François, il lui reste 190. J'ajoute 10 à Paul, il a maintenant 210. "Jacques achète de Paul pour $8. Je retranche 8 à Jacques, il garde 192. Paul, lui, monte à 218.
"Paul achète du bois de François, pour $15. Je retranche 15 à Paul, il garde 203; j'ajoute 15 à François, il remonte à 205.
"Et ainsi de suite; d'un compte à l'autre, tout comme des piastres en papier vont d'une poche à l'autre.
"Si l'un de nous a besoin d'argent pour augmenter sa production, on lui ouvre le crédit nécessaire, sans intérêt. Il rembourse le crédit une fois la production vendue. Même chose pour les travaux publics.
"On augmente aussi, périodiquement, les comptes de chacun d'une somme additionnelle, sans rien ôter à personne, en correspondance au progrès social. C'est le dividende national L'argent est ainsi un instrument de service.
18. Désespoir du banquier
Tous ont compris. La petite nation est devenue créditiste. Le lendemain, le banquier Martin reçoit une lettre signée des cinq:
"Monsieur, vous nous avez endettés et exploités sans aucune nécessité. Nous n'avons plus besoin de vous pour régir notre système d'argent. Nous aurons désormais tout l'argent qu'il nous faut, sans or, sans dette, sans voleur. Nous établissons immédiatement dans l'Ile des Naufragés le système du Crédit Social. Le dividende national remplacera la dette nationale.
"Si vous tenez à votre remboursement, nous pouvons vous remettre tout l'argent que vous avez fait pour nous, pas plus. Vous ne pouvez réclamer ce que vous n'avez pas fait.
Martin est au désespoir. C'est son empire qui s'écroule. Les cinq devenus créditistes, plus de mystère d'argent ou de crédit pour eux.
"Que faire? Leur demander pardon, devenir comme l'un d'eux ? Moi, banquier, faire cela ?... Non. Je vais plutôt essayer de me passer d'eux et de vivre à l'écart.
19. Supercherie mise à jour
Pour se protéger contre toute réclamation future possible, nos hommes ont décidé de faire signer au banquier un document attestant qu'il possède encore tout ce qu'il avait en venant dans l'île.
D'où l'inventaire général: la chaloupe, la petite presse et... le fameux baril d'or.
Il a fallu que Martin indique l'endroit, et l'on déterre le baril. Nos hommes le sortent du trou avec beaucoup moins de respect cette fois. Le Crédit Social leur a appris à mépriser le fétiche or.
Le prospecteur, en soulevant le baril, trouve que pour de l'or, ìa ne pèse pas beaucoup: "Je doute fort que ce baril soit plein d'or", dit-il.
L'impétueux François n'hésite pas plus longtemps. Un coup de hache et le baril étale son contenu: d'or, pas une once! Des roches - rien que de vulgaires roches sans valeur!...
Nos hommes n'en reviennent pas:
-"Dire qu'il nous a mystifiés à ce point-là, le misérable! A-t-il fallu être gogos, aussi, pour tomber en extase devant le seul mot OR!
-"Dire que nous lui avons gagé toutes nos propriétés pour des bouts de papier basés sur quatre pelletées de roches! Voleur doublé de menteur!
-"Dire que nous nous sommes boudés et haïs les uns les autres pendant des mois et des mois pour une supercherie pareille! Le démon!" A peine François avait-il levé sa hache que le banquier partait à toutes jambes vers la forêt.
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